Un créancier peut obtenir du juge des référés une somme d'argent avant tout jugement au fond, dès lors que l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Ce référé provision, prévu par l'article 835 du code de procédure civile, n'exige aucune urgence et aboutit à une ordonnance exécutoire de droit.
Trois points décident de l'issue
- La créance doit être évidente : une contestation sérieuse du débiteur suffit à faire rejeter la demande.
- Le juge compétent dépend du litige : président du tribunal judiciaire, du tribunal de commerce, conseil de prud'hommes ou tribunal administratif.
- L'ordonnance est provisoire : elle se paie tout de suite, mais le juge du fond peut ensuite la remettre en cause.
Qu'est-ce que le référé provision ?
Le référé provision est une procédure rapide qui permet à une partie de demander au juge le versement d'une avance sur ce qui lui est dû, sans attendre l'issue d'un procès classique. Le mot « provision » désigne cette avance : une somme d'argent allouée à titre provisoire, à valoir sur la créance définitive.
Son fondement se trouve à l'article 835, alinéa 2, du code de procédure civile : dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire. L'article 873 reprend la même disposition pour le président du tribunal de commerce, l'article R1455-7 du code du travail pour la formation de référé du conseil de prud'hommes, et l'article R541-1 du code de justice administrative pour le juge des référés administratif.
À la différence des autres référés, celui-ci ne suppose ni urgence, ni dommage imminent, ni trouble manifestement illicite. Ces notions relèvent de l'alinéa 1 du même article 835, qui permet de prévenir un dommage imminent ou de faire cesser un trouble manifestement illicite par des mesures conservatoires. Pour la provision, un seul critère compte : l'existence d'une obligation non contestable. C'est ce qui en fait un outil de recouvrement judiciaire très utilisé par les créanciers, les cabinets d'avocats et les services contentieux des entreprises.
Par définition, le référé provision est un outil efficace pour obtenir rapidement une somme d'argent sans passer par un procès complet : la décision intervient en quelques semaines, là où une action au fond se compte souvent en mois. Un cabinet spécialisé en recouvrement y recourt dès qu'une société cliente détient une facture claire restée impayée. Le texte en vigueur se consulte gratuitement sur Legifrance, le site officiel de diffusion du droit, qui donne pour chaque article sa version applicable et la date de sa dernière modification.
Les conditions à réunir devant le juge des référés
La condition centrale tient en deux mots : obligation « non sérieusement contestable ». Le juge des référés n'est pas le juge du fond. Il ne tranche pas un litige, il constate qu'une dette existe avec évidence. Dès que le débiteur soulève une contestation sérieuse, c'est-à-dire un argument qui obligerait le juge à interpréter un contrat, à apprécier des preuves contradictoires ou à trancher une question de droit discutée, il doit dire n'y avoir lieu à référé.
Dans la pratique, la demande prospère lorsque le dossier contient :
- un contrat signé, un devis accepté ou une facture non contestée à réception ;
- une reconnaissance de dette, même partielle, ou un courrier dans lequel le débiteur admet devoir la somme ;
- un rapport d'expert judiciaire qui chiffre un préjudice, notamment en matière de travaux de bâtiment ou de litige immobilier ;
- la preuve d'une relance restée sans réponse, le plus souvent une lettre de mise en demeure envoyée en recommandé.
Une contestation de pure forme ne suffit pas à bloquer la demande. Le débiteur qui se contente d'invoquer un retard de livraison sans le prouver, ou de contester une facture sans dire ce qui serait faux, ne fait pas obstacle à la provision. À l'inverse, un désaccord réel sur la qualité d'une prestation, sur l'interprétation d'une clause du contrat ou sur l'existence même de la créance ferme la porte du référé et renvoie l'affaire au juge du fond.
Quel juge saisir selon la nature du litige ?
La compétence suit la nature de la créance. Se tromper de juridiction fait perdre plusieurs semaines, car le juge saisi à tort se déclare incompétent. La compétence territoriale obéit aux règles habituelles : en principe le lieu où demeure le défendeur, ou le lieu d'exécution du contrat ; pour un litige immobilier, celui de la situation de l'immeuble.
| Nature du litige | Juge compétent | Texte |
|---|---|---|
| Litige civil entre particuliers, bail, travaux, droit de la famille | Président du tribunal judiciaire ou juge des contentieux de la protection | Article 835 du code de procédure civile |
| Créance entre commerçants ou sociétés commerciales | Président du tribunal de commerce | Article 873 du code de procédure civile |
| Salaire, indemnité ou prime due par l'employeur | Formation de référé du conseil de prud'hommes | Article R1455-7 du code du travail |
| Litige avec l'administration, une commune, un hôpital public | Juge des référés du tribunal administratif | Article R541-1 du code de justice administrative |
| Procès au fond déjà engagé devant le tribunal judiciaire | Juge de la mise en état | Article 789 du code de procédure civile |
Deux précisions de calendrier comptent. Le tribunal judiciaire existe depuis le 1er janvier 2020, issu de la fusion du tribunal d'instance et du tribunal de grande instance : les anciens textes qui visent le « président du TGI » se lisent désormais ainsi. Depuis le 1er janvier 2025, certains tribunaux de commerce désignés pour une expérimentation sont devenus des tribunaux des activités économiques, avec une compétence élargie ; il faut donc vérifier sur le site du ministère de la Justice la juridiction de son ressort. En droit du travail, le salarié qui réclame un rappel de salaire non contesté passe aussi par la formation de référé, plus rapide que le bureau de jugement.
Comment se déroule la procédure de référé provision ?
La procédure de référé est orale et contradictoire. Son déroulement suit quatre étapes, du premier acte à l'ordonnance, conformément aux articles 484 et suivants du code de procédure civile. Le greffe de la juridiction fournit sur demande les informations pratiques (date des audiences, modèle d'assignation, pièces à joindre), et le site service-public.fr publie des fiches d'information utiles pour préparer le dossier.
- L'assignation. Le demandeur fait délivrer au débiteur, par un commissaire de justice (l'ancien huissier de justice, profession renommée le 1er juillet 2022), une assignation en référé qui indique la date de l'audience, le montant de la provision demandée et les pièces produites.
- Le délai de comparution. Un temps suffisant doit séparer l'assignation de l'audience pour que le défendeur prépare sa défense ; le juge vérifie ce point à l'audience et peut renvoyer l'affaire.
- L'audience. Chaque partie expose ses arguments. Le juge des référés examine seulement si l'obligation est sérieusement contestable, sans entrer dans le fond du litige.
- L'ordonnance. La décision est rendue le jour même ou dans les jours qui suivent ; elle fixe le montant de la provision, éventuellement assorti d'une somme au titre des frais de procédure.
Côté représentation, la règle dépend de la juridiction. Devant le tribunal judiciaire, la constitution d'avocat est la règle, avec des exceptions pour les petits litiges et certaines matières listées par l'article 761 du code de procédure civile : la liste des procédures où la constitution d'un avocat s'impose permet de vérifier sa situation. Devant le conseil de prud'hommes et le tribunal de commerce, chaque partie peut se défendre seule. Devant le tribunal administratif, le service public indique que l'avocat est en principe obligatoire, sauf pour certains contentieux (impôts directs, fonctionnaires, pensions, aides sociales, litiges contre une collectivité territoriale).
Le recours à un avocat reste conseillé dès que le débiteur conteste : tout se joue sur la capacité à montrer que la contestation n'est pas sérieuse, ce qui demande une lecture précise des pièces et de la jurisprudence de la Cour de cassation.
Quel montant le juge peut-il accorder ?
Le montant de la provision n'a pas d'autre limite que la part de la dette qui n'est pas sérieusement contestable. Le juge peut donc accorder une provision égale à la totalité de la créance si rien n'est discuté, ou seulement une fraction si une partie de la somme fait débat.
Prenons un exemple chiffré, purement illustratif : une entreprise de travaux réclame à un client le solde d'une facture de 8 000 euros. Le client reconnaît par écrit la réalisation du chantier mais soutient que des finitions, qu'il évalue à 2 000 euros, n'ont pas été faites. Le juge peut accorder une provision de 6 000 euros, la part qui ne souffre aucune discussion, et laisser le reste au juge du fond. Ce raisonnement par fraction est le cœur du référé provision : il évite qu'une contestation partielle bloque le paiement de toute la créance.
Devant le juge administratif, la règle est la même. La fiche du service public précise que l'ordonnance fixe une provision correspondant à la partie non contestable de la créance, et qu'une demande préalable à l'administration, rejetée ou restée sans réponse, est requise avant de saisir le tribunal.
Le juge peut aussi condamner la partie perdante aux dépens et à une somme couvrant une partie des frais d'avocat, au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Les intérêts de retard courent selon les règles habituelles, à partir de la mise en demeure ou de l'assignation.
Exécution de l'ordonnance et voies de recours
L'ordonnance de référé est exécutoire à titre provisoire, selon l'article 489 du code de procédure civile. Le créancier peut donc la faire exécuter sans attendre l'expiration du délai d'appel : une fois l'ordonnance signifiée par commissaire de justice, il peut engager une saisie sur compte bancaire ou sur salaire si le débiteur ne paie pas spontanément.
Cette exécution n'est pas définitive. L'article 488 précise que l'ordonnance de référé n'a pas, au principal, l'autorité de la chose jugée. Le débiteur garde la possibilité de saisir le juge du fond pour faire juger le litige en entier. Si ce juge estime finalement que la dette était moindre, voire inexistante, le créancier devra restituer tout ou partie de la provision perçue.
Les voies de recours sont encadrées :
- L'appel devant la cour d'appel se forme dans les quinze jours de la signification de l'ordonnance (article 490 du code de procédure civile). En matière administrative, l'appel est porté devant la cour administrative d'appel dans le même délai de quinze jours, puis un pourvoi est possible devant le Conseil d'État.
- Le pourvoi en cassation est ouvert contre l'arrêt de la cour d'appel ; il ne porte que sur le respect du droit, pas sur l'appréciation des faits.
- La saisine du juge du fond reste possible à tout moment pour faire fixer la créance définitive. Devant la juridiction administrative, le débiteur dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance pour saisir le juge du fond.
Référé provision ou injonction de payer : comment choisir ?
Les deux procédures servent au recouvrement d'une créance, mais elles ne fonctionnent pas de la même manière. La procédure d'injonction de payer est non contradictoire : le créancier dépose une requête, le juge statue sur pièces sans entendre le débiteur, et celui-ci ne découvre la décision qu'à sa signification. Elle convient aux créances contractuelles d'un montant déterminé, sans discussion prévisible.
Le référé provision, lui, est contradictoire dès le départ : le débiteur est convoqué à une audience. Il offre plusieurs avantages concrets :
- il couvre des créances qui ne sont pas strictement contractuelles, comme une indemnisation chiffrée par un expert après un sinistre ;
- il permet d'obtenir une partie de la somme quand une autre partie est discutée ;
- il évite l'opposition du débiteur, qui transforme l'injonction de payer en procès ordinaire et retarde l'issue ;
- il peut ordonner l'exécution d'une obligation de faire, par exemple la remise d'un document ou la réalisation de travaux promis.
Autre exemple : un bailleur qui réclame des loyers impayés reconnus par le locataire peut choisir l'une ou l'autre voie ; s'il demande aussi l'expulsion, le référé permet de tout présenter au même juge. Dernier exemple, côté entreprise : un sous-traitant dont les situations de travaux ont été validées par le maître d'œuvre dispose d'une pièce qui rend la dette difficile à contester. Le bon choix dépend donc de la solidité du dossier et du comportement prévisible du débiteur, information que le cabinet d'avocat évalue lors du premier rendez-vous.Face à un débiteur qui conteste par principe, l'audience de référé permet souvent d'aller plus vite qu'une injonction suivie d'opposition.
Demandeur, rapidité, coût et rejet d'un référé provision
Qui peut demander un référé provision ?
Toute personne titulaire d'une créance : un particulier, une entreprise, un salarié, un syndicat de copropriétaires ou une association. La demande peut viser une personne privée comme une personne publique, la seconde relevant du juge administratif.
Comment obtenir une provision rapidement ?
En réunissant avant l'assignation toutes les pièces qui rendent la dette évidente : contrat, factures, échanges écrits, mise en demeure. Plus le dossier est clair, moins le débiteur a de prise pour soulever une contestation sérieuse, et plus l'audience est courte.
Le référé provision coûte-t-il cher ?
Aucune taxe n'est perçue pour saisir le juge des référés civil ou administratif ; les frais tiennent à la signification par commissaire de justice et aux honoraires d'avocat lorsqu'il intervient. Une personne aux revenus modestes peut vérifier les conditions de ressources de l'aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie de ces frais.
Que faire si la demande est rejetée ?
Un rejet pour contestation sérieuse ne signifie pas que la créance n'existe pas : il signifie que le litige doit être tranché par le juge du fond. Le créancier peut alors faire appel s'il estime la contestation artificielle, ou engager directement une action au fond.
















